Regarder, observer, apercevoir, se laisser toucher et faire liaison... | NL | EN | ES

‘L’art ne reflète pas le visible, l’art rend visible.’: Paul Klee.

Peindre, c’est pour moi chaque fois une nouvelle aventure à mener jusqu’au bout afin de rendre visible le plus intime de moi-même.

Rendre visible signifie faire apparaître, faire naître. Rendre visible, c’est traduire, c’est raconter, c’est tout un processus de communication, de liason, de mouvement et de création. Regarder, c’est alors s’ouvrir à ce qui est invisible jusqu’alors. Regarder une oeuvre d’art, c’est l’observer avec tous ses sens. ‘Voir’ une oeuvre d’art, c’est l’accueillir intérieurement.

‘Voir’ signifie silence, c’est être touché par la force de ce qui est en train de se dévoiler. Peindre, c’est la révélation de choses qui sont encore voilées et les mettre au jour par les couleurs. Peindre, c’est accoucher ces choses voilées, les extérioriser, pour ensuite les révéler et s’y relier. Peindre, c’est s’en séparer afin qu’on puisse s’y relier.

Tout ceci est une expérience indéfinissable, c’est un geste intime en inaccessible qui demande une traduction. Je traduis ou plutôt j’essaie, je tâche de rendre visible l’invisible, en me servant du langage simple et fort des couleurs. Afin de pouvoir traduire, il faut être ouvert, aussi bien à la liaison qu’à la rencontre.

Peindre, c’est pour moi une rencontre, qui demande une sensibilité aux mouvements intimes, aux changements; qui demande aussi esprit ouvert à l’inconnu, au mystère. C’est attendre un ‘signe’... de quelque part.

Observer un tel tableau, c’est apercevoir le ‘signe’, en entrant dans la peinture, en se laissant toucher et en dégustant le signe invisible. Observer une peinture, c’est plus que l’interpreter, vouloir la comprendre ou la recréer; c’est tout simplement se laisser toucher par elle, l’enregistrer et s’en réjouir.

claire vanden abbeele

Le temps qui reste

Le temps qui reste, invariable depuis des siècles, un train qui passe sur des rails imaginaires. Les heures à vivre, nouvelles et étranges comme un voyage plein de pensées imaginées et de rêves à longues portées. Je me vois bouger en chemin vers un horizon qui devient de plus en plus petit. Sur cet horizon pendent des brumes douces. Un jour elles m'ont touchées de façon mystérieuse et pénétrante. Depuis je rassemble sans cesse les minutes. Depuis je suis pénétré du caractère unique et de son irréversibilité. Elles sont éloquentes dans leur succession silencieuse. Chaque minute libre. Chaque minute ça vaut la peine de trouver des gestes et des paroles précieuses pour le temps qui me reste encore.

Le temps qui reste
une étendue courte ou longue
une atmosphère d'attente
un désir ardent
une notion comme un coup de foudre
une invitation qui s'éveille doucement.

Le temps qui reste
un champ magnétique insaisissable
une force d'attraction vers ce qui est resté ouvert
un réservoir de possibilités
épuisamment monotone ou enthousiaste de façon remplissante.

Le temps qui me reste
un paysage lunaire
dans lequel je disparais avec ma plume et pinceau
en cherchant silencieusement la lumière qui tombe entre les jours.

Cette exposition a pour thème le temps qui reste. Ce que je laisse entrevoir raconte de manière sous-jacente une facette de ce que je ressens et de ce qui me touche. Il s'agit de l’existence, de fragments d'un instant présent et à venir qui dépassent la réalité temporelle fugace.

Le temps qui me reste, un temps pour l'inconcevable qui me pousse à chercher une forme d'art dans laquelle existe une réalité qui dépasse les lois du temps. Un art qui élève les mouvements, les couleurs, les formes, les changements au-dessus de l’éphémère. Une période au cours de laquelle je m’accomplis et crée quelque chose qui donne encore aux mots de R.M. Rilke tout leur sens:

'La solitude qui enveloppe les œuvres d'art est infinie et il n'est rien qui permette de moins les atteindre que la critique. Seul l'amour peut les appréhender.'

Le temps qui me reste ne connaît aucun doute sur le désir d’écouter mes passions. Ma passion pour la peinture et l’écriture. Ma passion tout simplement de vivre, emplie d’images et de dévouement. Ma passion de façonner l’existence comme une nécessité, de vivre et d’exprimer chaque expérience du plus profond de l’âme.

Le temps qui me reste est une invitation claire à exprimer l’exceptionnel qui dépasse le quotidien. La vie m’a appris qu’il y a des moments qui sont écrits à la lumière du jour tombante. Je les chéris. Ils restent pour Toujours.

claire vanden abbeele

claire vanden abbeele

« La plupart des événements ne peuvent pas être exprimés en mots. Elles se déroulent dans un espace qui n'a jamais été saisi par un mot. » : R.M. Rilke

claire vanden abbeele est artiste, auteur et thérapeute. En tant que thérapeute, elle travaille avec les gens sur la prise de conscience et le traitement de la perte. Elle donne des conférences et des ateliers sur l'art, le confort et la vitalité …

En tant qu'artiste et professeur de design artistique, elle est bien connue et expose en Belgique et à l'étranger et elle a gagné la médaille d'argent pour l'exposition internationale d'art à Stockholm. Son amour pour la peinture et l’appel constant à la réalisation et à la communication la mettent toujours face à face avec le mystère de la vie, de la mort et des adieux. 19 livres d'elle ont été publiés dont entre autres "L'art de dire au revoir" * est devenu un best-seller.
* tous ces ouvrages ont été publiés en néerlandais et n'ont pas été traduits.